Je vois des diagrammes de Venn dans presque une présentation sur cinq. Le diagramme de Venn, c’est le fameux schéma où trois cercles (ou plus) s’entrecroisent pour mettre en avant des corrélations. Très souvent, on trouve en son centre un mot-clé et plus rarement des logos. Les cercles peuvent revêtir des designs divers : ce qui compte, c’est que la slide témoigne d’un travail d’essentialisation de l’information. Du moins en apparence.
Le diagramme de Venn a ce défaut d’être très facile à dessiner. Il est parfois utilisé à tort, parce qu’il donne l’air de structurer une pensée et d’aider à la compréhension. C’est pourquoi, avant de vous montrer comment en réaliser un dans PowerPoint, je soulève cette question : votre message sera-t-il mieux compris s’il est représenté par des formes qui s’entrecroisent ?
Un diagramme de Venn pour dire quoi ?
Historiquement, un diagramme de Venn se lit comme des ensembles qui ont des points communs. Chaque cercle représente un ensemble et la zone de chevauchement montre les éléments qui appartiennent à plusieurs ensembles à la fois. C’est à cette intersection que se concentre la structure de la pensée. Prenons les poissons et les mammifères : à leur intersection se trouvent les mammifères marins.
Aujourd’hui, sa lecture (ou du moins son utilisation) a légèrement évolué vers une approche plus contemporaine : le diagramme de Venn sert surtout à représenter des notions et des concepts. La zone d’intersection crée alors un lien, plus ou moins logique, entre deux notions. Par exemple, dans une présentation produit, un chef de produit voudra montrer en quoi une nouvelle boisson répond à plusieurs moments de consommation, en juxtaposant un cercle « Énergie », un cercle « Naturalité » et un cercle « Plaisir », avec au centre le nouveau produit.
Le diagramme de Venn peut donc s’utiliser de deux façons : la première consiste à représenter visuellement des catégories qui coexistent et la seconde à montrer une notion située à mi-chemin de plusieurs autres.
Par ailleurs (et c’est un point de vue personnel) je ne trouve pas le diagramme de Venn pertinent lorsque les intersections des cercles ne révèlent rien et que la seule information se trouve en son centre. Prenons une entreprise qui veut représenter ses valeurs avec trois cercles : « exigence », « proximité » et « audace ». Personne dans la salle ne saurait dire ce que contient la zone où « exigence » et « proximité » se croisent, ni pourquoi ces deux-là auraient un recoupement plus fort qu’avec « audace ». Le diagramme fait intelligent, mais il existe d’autres façons de représenter ce type de notions. Par exemple, trois blocs côte à côte, avec une attention portée au visuel ou au pictogramme qui vient les illustrer.
Le test que j’applique en atelier avant de valider un Venn tient en une phrase : montrez-moi ce qu’il y a dans l’intersection et dites-moi pourquoi c’est intéressant. Si la réponse arrive vite et qu’elle est spécifique, on garde le diagramme. Si la personne hésite ou répond par une généralité, on a un problème de forme pour le fond.
Venn ou Euler : de la théorie à la pratique
Un vrai diagramme de Venn montre toutes les combinaisons possibles entre les ensembles, y compris celles qui sont vides. Avec trois cercles, ça fait huit zones distinctes et un Venn complet les affiche toutes, même si certaines ne correspondent à rien dans vos données.
Ce que vous dessinez presque toujours, en réalité, c’est un diagramme d’Euler : la même famille de cercles, mais où l’on ne montre que les recoupements qui existent vraiment. Si deux catégories n’ont rien en commun, leurs cercles ne se touchent pas et cette absence de contact devient une information. Un cercle qui reste à l’écart des autres, dans un Euler, dit quelque chose : ce groupe est isolé.
Vous n’êtes pas obligé de faire se croiser tous vos cercles. Le chevauchement doit correspondre à un recoupement réel et une zone vide, si elle existe, doit être vide pour une raison que vous pouvez énoncer. Le jour où vous vous surprenez à remplir une intersection avec un mot vague uniquement parce que le dessin appelle du texte à cet endroit, c’est le signal que la zone n’aurait pas dû exister.
Un détour par l’histoire, parce qu’elle éclaire l’outil
John Venn formalise ces cercles en 1880, dans un article de logique. Détail savoureux : lui-même ne les appelait pas « diagrammes de Venn ». Il parlait de « cercles eulériens », en hommage à Leonhard Euler, le mathématicien du 18ème siècle qui utilisait déjà des cercles pour représenter des rapports entre catégories. Le nom qu’on emploie aujourd’hui n’est apparu qu’une trentaine d’années plus tard, dans un ouvrage d’un autre logicien.
Euler dessinait ce qui existait, Venn a ajouté l’idée de montrer toutes les combinaisons concevables, même les vides. Deux hommes, deux intentions et la confusion entre les deux marque aujourd’hui la moitié des slides d’entreprise. Quand vous choisissez de ne montrer que les recoupements réels, vous faites du Euler.
Le faire dans PowerPoint facilement
Une fois que vous êtes sûr que le recoupement est bien votre sujet, la fabrication est rapide. PowerPoint propose deux chemins.
Le premier passe par SmartArt : onglet Insertion, SmartArt, catégorie Relations, puis un modèle de type Venn. Vous tapez le texte de chaque cercle dans le volet latéral, les couleurs et la disposition se règlent en deux clics. C’est la voie rapide et elle suffit pour un diagramme simple à deux ou trois ensembles.
Elle a une limite que Microsoft reconnaît et qui constitue une source de frustration très commune : on ne peut pas écrire dans les zones de chevauchement avec SmartArt. Le volet de texte ne remplit que le cœur de chaque cercle, jamais les intersections. Or l’intersection, on l’a dit, c’est souvent le message. La solution consiste à ajouter par-dessus une zone de texte classique (Insertion, Zone de texte), à la positionner sur le recoupement et à mettre son fond sur « Aucun remplissage » pour que les couleurs du diagramme restent visibles derrière. Rien d’élégant, mais c’est le seul moyen d’étiqueter proprement le centre.
Le second chemin vous donne le contrôle total : dessinez les cercles à la main. Insertion, Formes, choisissez l’ovale, puis tracez un cercle en maintenant la touche Maj pour qu’il reste parfait. Vous le copiez et vous superposez les copies. Pour que les chevauchements se voient, il faut baisser l’opacité du remplissage de chaque cercle dans le volet de mise en forme. Sans transparence, le cercle du dessus masque les autres et l’intersection disparaît. Et si vous voulez colorer ou étiqueter chaque zone séparément, sélectionnez tous les cercles, allez dans Format de la forme, Fusionner les formes, et choisissez Fragmenter : PowerPoint découpe alors chaque portion de recoupement en forme indépendante, que vous traitez ensuite comme vous voulez.
Mieux penser votre diagramme de Venn
Deux frictions reviennent et elles sont faciles à corriger.
La première : le texte coincé dans une intersection trop petite pour l’accueillir. Si le mot déborde ou devient illisible, ce n’est pas un problème de police, c’est que le recoupement mérite peut-être sa propre slide ou une légende à côté plutôt que dedans.
La seconde : le nombre de cercles. Au-delà de trois, un Venn complet devient difficile à mettre en forme. Quatre ensembles produisent des zones que l’œil a du mal à distinguer. Pensez aussi à vérifier le rendu en mode diaporama, en zoomant sur votre slide.
Choisir un Venn, au fond, est souvent une bonne idée. C’est pour cette raison qu’il me tenait à cœur d’écrire un article qui en facilite et en justifie l’usage. Car une fois qu’on sait que le fond du message justifie sa présence, on est bien plus à l’aise au moment de présenter sa slide. J’espère que cet article vous aura aidé.